Gagner sa vie avec un site internet

Vivre d'un site internet est possible et rare. Les deux affirmations sont vraies en même temps, et c'est ce que les promesses de revenus passifs oublient de dire. Cette page décrit les mécanismes réels, les ordres de grandeur, et les raisons pour lesquelles la majorité des projets s'arrêtent avant la deuxième année.

Les quatre façons dont un site gagne de l'argent

La publicité au coup d'œil, d'abord : une régie affiche des annonces et rémunère au mille impressions. Les tarifs varient énormément selon le sujet — quelques euros pour mille pages vues sur un sujet grand public, plusieurs dizaines sur la finance ou l'assurance. C'est le modèle le plus simple et le moins rémunérateur au visiteur.

L'affiliation ensuite : on est payé à la vente ou au contact généré. Elle demande une audience qui vient avec une intention d'achat, ce qui exclut la plupart des contenus de divertissement. La vente directe de son propre produit — formation, logiciel, service — donne les marges les plus élevées, et transforme le site en entreprise avec ce que cela implique de support client. Enfin la vente d'espace de gré à gré et le contenu sponsorisé, qui supposent une notoriété déjà installée.

Les ordres de grandeur

Un site généraliste bien monétisé rapporte, en publicité seule, l'ordre de quelques euros pour mille pages vues. Vivre de cette seule source suppose donc plusieurs centaines de milliers de pages vues par mois — un niveau atteint par une infime minorité de sites. C'est pourquoi les projets qui tiennent mélangent presque toujours plusieurs sources, et pourquoi le revenu par visiteur compte davantage que le nombre de visiteurs.

Le délai, lui, se compte en années. Un site nouveau met généralement six à douze mois avant de recevoir un trafic significatif des moteurs, et deux à trois ans pour se stabiliser. Toute promesse plus rapide décrit soit une exception, soit une méthode qui ne survit pas à la mise à jour suivante d'un algorithme.

Ce qui fait échouer les projets

Trois causes reviennent. La première est le sujet choisi pour sa rentabilité supposée plutôt que pour la connaissance qu'on en a : on écrit alors du contenu interchangeable, que rien ne distingue. La deuxième est l'abandon au creux de la vague, entre le sixième et le douzième mois, quand le travail est fait mais que le trafic n'est pas encore là. La troisième est la dépendance à une source unique — un moteur de recherche, un réseau social, une régie — dont un changement de règles suffit à effacer les revenus en une nuit.

Le vocabulaire financier qu'on croise

Le retour sur capitaux propres, souvent appelé ROE, divise le bénéfice net par les capitaux propres : il mesure ce que rapporte l'argent immobilisé. Pour un site, l'équivalent honnête est le revenu net rapporté au temps passé, converti en taux horaire. Le calcul est instructif : beaucoup de projets rentables au sens comptable rémunèrent leur auteur en dessous du salaire minimum pendant les deux premières années.

Où placer ce qu'on gagne

Un revenu de site est volatil et non garanti : il justifie une épargne de précaution plus large que pour un salaire, de l'ordre de six à douze mois de charges. Au-delà, les arbitrages sont les mêmes que pour tout le monde — immobilier locatif ou pierre-papier, fonds indiciels diversifiés, placements labellisés selon des critères environnementaux et sociaux, et pour une part marginale seulement, actifs très volatils. Aucun de ces placements ne constitue une recommandation : le point important est qu'un revenu instable appelle un patrimoine stable, et non l'inverse.

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